« Être ou ne pas être Charlie » ?

samedi 17 janvier 2015

« Être ou ne pas être Charlie » ?
Après les jours de folie meurtrière et de sursaut populaire que nous venons de connaître, il est bon de revenir sur le sens des mots et des images employées. Maintenant qu’est retombé en partie le brouillard des émotions instinctives et de la fascination dues au carnage et à la chasse à l’homme, pour faire place au deuil, à la réflexion et à la considération de l’étendue des pertes humaines, tâchons d’y mettre un peu de clarté.
« Je suis Charlie » pour dire mon accord et me montrer solidaire de la grande majorité des français révoltés par ces tueries inqualifiables. Je refuse ces violences pour imposer un ordre du monde en niant le droit de vivre à des personnes, quelles qu’elles soient, et à des idées ou des images d’être exprimées librement.
« Je ne suis pas Charlie » quand la liberté d’expression vient injurier, blesser, humilier le droit de chacun à être chrétien, musulman, juif ou autre, et que l’on salisse gratuitement des convictions affirmées qui ne portent pas tort à autrui. Si je reconnais le droit à l’humour et à la caricature, je demande aussi le respect des personnes et la défense de leur honneur, si elles sont attaquées de manière injuste ou infamante.
« Je ne suis pas Charlie » s’il faut que par ma parole et mon action, je contribue à augmenter les tensions sociales, si j’attise ou provoque des violences, au lieu de créer des ponts, d’ouvrir des espaces de dialogue, de favoriser des liens de fraternité et de travail ensemble.
Je ne veux pas me tromper de solidarité et aller dans le sens contraire d’un monde de coexistence pacifique, de collaboration active des peuples et des cultures, pour un monde meilleur et fraternel.
Il y a une façon d’être Charlie qui pousserait à l’affrontement des blocs, par exemple : le monde occidental contre le monde musulman etc. De ce monde-là, je ne veux pas. Il me ferait renier mes racines culturelles et me mettrait en contradiction avec l’Évangile.
Mais je veux bien être Charlie pour unir ma volonté et celle de tous les gens de bonne volonté et de de sagesse, en vue de bâtir ensemble et concrètement une société fraternelle.

F. Gilles Rivière ofmcap.