Homélie de Didier Brionne, lors du chapitre national de la fraternité séculière : les dix lépreux (Luc, 17 11-19)

jeudi 17 octobre 2013

Une histoire de lépreux, cela nous fait toujours réagir dans la famille franciscaine. Mais dix à la fois, et qui se trouvent guéris, cela n’est plus exactement notre cadre de référence. Puisque c’est celui de l’Évangile du jour, acceptons d’être déplacés dans nos habitudes. Cette fois, ce sont les lépreux qui viennent vers Jésus.
Réjouissons-nous que la grâce de la rencontre de Jésus ait eu sur ces hommes (et peut-être des femmes !) malades et rejetés cet effet bénéfique. Tous ont bénéficié, par l’intervention du maître, du salut dans leur corps et leur être tout entier.
Avec eux, et plus précisément avec celui qui est revenu, qui s’est retourné, louons et remercions le Seigneur pour la grâce de cette conversion peut-être, de cette rencontre du Christ sur son chemin. Il a su remercier son sauveur. Il a su, par la transformation vécue, reconnaitre en cet homme croisé sur sa route, le messager du Dieu Très-Haut. Mystère de l’incarnation, et merveille de notre foi chrétienne, que soit ainsi franchie dans le Christ Jésus la distance infinie qui sépare l’être humain de Dieu.
Par ce signe, Jésus manifeste que le Dieu miséricordieux a épousé notre humanité, jusque dans la proximité au souffrant. La prise de conscience de François d’Assise lorsqu’il descend de cheval pour embrasser le lépreux qui croise son chemin est du même ordre : à partir d’une compassion, d’une proximité du petit et du souffrant, le chevalier rencontre le maitre et serviteur. De cette expérience fondatrice, il ira lui-même et enverra les frères soigner les lépreux.
Notre attachement et notre engagement à la suite du Christ et à la manière de François trouvent là aussi leur enracinement, leur raison d’être : prendre conscience de la rencontre du Christ qui un jour a marqué notre vie. Voilà ce qui nous est proposé comme expérience spirituelle aujourd’hui. De lépreux que nous étions peut-être, de lépreux rencontrés, il fait de nous des hommes et des femmes libres pour le reconnaitre et le suivre. C’est bien là, dans ces lieux de pauvreté et d’humanité souffrante qu’il se manifeste. Ces lieux deviennent lieux de conversion. A partir de cette rencontre voilà que s’ouvre une histoire nouvelle, qui devient bonne nouvelle, celle de la présence de Dieu au milieu du monde. Saurons-nous en cueillir et en goûter les fruits que sont paix et miséricorde, salut et charité. Saurons-nous entrer dans une démarche de conversion vers Lui qui vient à notre rencontre.
Nous avons encore en mémoire ces heures du pape François, en pèlerinage à Assise. Comment ne pas recevoir comme un appel sa première halte, avant même le tombeau du saint, pour ces enfants accueillis dans l’institut Séraphico et l’ensemble de leurs soignants. Aux blessés de la vie rencontrés dans la salle du dépouillement, ou au cours du repas, il est venu apporter le signe du salut de Dieu. Quelle invitation et envoi pour notre Fraternité dans sa présence au monde !
« Les neuf autres, où sont-ils ? » fait remarquer Jésus. Nous en sommes peut-être. Difficile de remercier dans un monde où bien souvent tout est du ! François d’Assise invite à la louange gratuite pour et par tous les biens reçus du Père, lui-même bien universel, bien total. Ce week-end en est comblé par nos échanges, les décisions et les élections de nouveaux responsables reçus du Seigneur.
Rendons grâce pour le chemin parcouru et pour celui qui s’annonce. Il sera ce que nous en ferons certes, à la louange du Seigneur. Il sera aussi ce que le Seigneur nous en donnera de vivre, puisque nous le savons cheminant au milieu de nous. Rendons grâce au Seigneur pour celles et ceux qui ont animé la fraternité. Présentons-lui ceux qui ont pris le relai dans ce ministère. Rien ne sera possible sans l’élan de chacun. Alors comme nous le dit le Seigneur « Relève-toi et va ».
F. Didier Brionne, ofm