Les clarisses ont-elles raison d’accueillir l’ex-femme de Marc Dutroux ?

mercredi 29 août 2012

Journal La Croix, 28 août 2012

Les clarisses ont-elles raison d’accueillir l’ex-femme de Marc Dutroux ?

La Cour de cassation belge a levé mardi 28 août les derniers obstacles juridiques à la libération de Michelle Martin, l’ancienne épouse et complice du meurtrier pédophile belge Marc Dutroux.

Libre après seize ans de réclusion, Michelle Martin devrait être conduite au couvent des clarisses de Malonne, près de Namur, les religieuses ayant maintenu leur décision de l’accueillir, malgré de nombreuses pressions.

ENTRETIEN Mgr Aloys Jousten, évêque de Liège

« Il y a deux aspects dans ce dossier. Le premier concerne la décision de la libération conditionnelle de Michelle Martin. C’est une décision de justice, en application d’une loi existante. On peut être ou ne pas être d’accord avec cette loi, mais il ne m’appartient pas de me prononcer là-dessus. Le deuxième aspect est le fait que la justice se soit adressée au couvent des clarisses de Malonne pour lui demander d’accueillir Mme Martin. Personnellement, je n’ai pas été en contact avec ces sœurs qui ne dépendent pas de mon diocèse ; je n’ai jamais non plus rencontré Michelle Martin et je ne connais pas tous les détails du dossier. C’est donc d’un œil extérieur que j’observe la situation.

Mais je trouve tout à fait courageuse la décision des clarisses d’ouvrir leur porte. Les sœurs ont été interpellées par cette demande, elles se sont interrogées, puis ont décidé à l’unanimité d’y répondre positivement. Leur engagement, qui n’est pas seulement d’héberger quelqu’un dont personne ne veut à sa sortie de prison, mais aussi de l’aider à se reconstruire, doit être salué. Vu le contexte, je ne sais pas si cela sera possible. Mais, en accueillant Michelle Martin dans leur monastère, elles reconnaissent à cette femme le droit de ne pas perdre espoir, elles font le pari qu’il y a un fond de bonté en elle. Ce qui compte pour l’Église, c’est l’affirmation de la foi en l’homme. Par leur geste, les clarisses nous disent que les chrétiens ne doivent jamais désespérer de quelqu’un. Je souhaite que ce message-là soit positif pour Mme Martin.

Le fait que cette décision de justice provoque beaucoup d’émoi en Belgique et suscite l’indignation de certains me paraît parfaitement compréhensible. Mais je veux oser jeter un regard évangélique sur cette situation. Nous, chrétiens, devons résister, nous ne devons pas laisser parler la vengeance et la haine. Je ne peux donc qu’admirer la décision des clarisses de maintenir leur engagement d’accueil malgré le contexte ambiant de pression médiatique. »

RECUEILLI PAR RAPHAËLLE D’YVOIRE (à Bruxelles)

Voir en ligne : http://www.la-croix.com/Religion/S-...