Séminaristes d’Arte. Ainsi poursuivent-ils (le blog de cathoreve)

vendredi 3 octobre 2014

Les séminaristes d’Arte sont de retour. Deux ans après une première saison (voir notre article d’alors ici) qui avait connu un succès inattendu (1,5 millions de téléspectateurs), Ainsi soient-ils (voir ici le site d’Arte ) revient les jeudis sur la chaîne franco-allemande, avec deux épisodes par soir du 2 au 23 octobre (20h50).

L’année au séminaire des Capucins s’annonce difficile. Le charismatique supérieur Étienne Fromenger a cédé sa place, contre son gré, à son adjoint Dominique Bosco. Celui-ci se bat contre ses démons spirituels (la peur du chaos, au séminaire comme ailleurs) et contre une tumeur au cerveau qu’il tente de cacher.

La promotion des séminaristes découverte en 2012 poursuit son parcours chaotique, sans Emmanuel, reparti à ses chantiers archéologiques, et sans José, paraplégique après avoir reçu plusieurs balles dans le dos. Raphaël, le fils d’industriel, Yann, l’ancien chef scout, et Guillaume, tiraillé par son homosexualité, sont bien loin d’avoir tout réglé sur leur vocation.

S’ils ont voulu montrer l’humanité et les questionnements de ces jeunes, les scénaristes ont également opéré des choix dans leur regard sur ce monde étrange. Il s’agit bien pour eux de réaliser un film de télévision et de capter l’intérêt de tous, pas de proposer une vision documentaire sur les futurs prêtres. Nous ne sommes pas sur KTO ou dans un film promotionnel pour le services des vocations. En 2012, le P. Robert Scholtus, ancien supérieur du séminaire des Carmes (Paris), avait noté pour Témoignage chrétien les bons points et les limites de l’exercice (voir ici).

Les médias catholiques dénoncent des partis-pris lesquels, on se doute, ne sont pas à l’avantage de l’Église. Ainsi Bruno Bouvet, de La Croix (voir ici), pointe, au milieu de critiques positives, une « une surexploitation des interrogations sexuelles et affectives ».

La remarque est juste mais très explicable. Le choix du célibat et de la continence demeure incompréhensible et surréaliste pour qui connaît peu le monde catholique. Les séminaristes étant pleinement intégrée dans leur temps et leur monde, la question les taraudent. Et pas uniquement ceux de la série. La sous-estimation de la question serait une faute plus grave que sa minimisation... en plus d’une erreur stratégique des scénaristes.

On peut rajouter que l’épisode, dans la vrai vie cette fois, autour du mariage homosexuel a montré que la galaxie catholique française était à cran sur la question. La Manif pour tous apparaît dans la série et rajoute de la tension dramatique, notamment avec Guillaume.

Nous partageons davantage la deuxième pique du confrère de La Croix. « Les scénaristes semblent avoir trouvé un plaisir certain à dépeindre de nouveau, et de manière tout aussi caricaturale qu’il y a deux ans, une hiérarchie catholique aux abois, composée d’êtres ambitieux, vils et calculateurs. » Le staff autour du président de la Conférence épiscopale est vraiment gratiné. Il évolue dans des bâtiments grandioses et luxueux, très loin de la réalité de l’immeuble de l’avenue de Breteuil.

Pour autant, l’idée d’avoir présenté l’institution au bord de la banqueroute n’est pas intéressante. Elle met le doigt sur un sujet largement tabou, un des rôles de la fiction. Et l’ambiance décrite n’est pas si éloigné de celle de certains bureaux du Vatican.

Heureusement, dans Ainsi soient-ils comme à Rome, les temps sont en train de changer. Ce n’est pas un hasard si le nouvel homme fort de l’épiscopat français, un provincial dépassé par le pouvoir et apparemment naïf, se révèle rapidement d’une autre trempe que prévu. Et ose dire non à Rome comme prendre le contre-pieds de ses conseillers...

En criant trop à l’exagération, le risque est de s’attaquer surtout au miroir (forcément déformant) que représente l’œuvre de fiction. Car au-delà de la tentation, réelle, de « se payer » l’Église catholique, les scénaristes ont raconté leur perception du corps ecclésial. Loin de l’image d’Épinal d’un monde étanche au trio sexe, pouvoir, argent. Celui qui fait tourner le cinéma, la littérature... et l’humanité en général.

Au crédit des auteurs, le bon visage de l’Église catholique de France est assez bien présent à travers la grande générosité des jeunes personnages présentés.

Pour ses réussites et ses outrances, la série d’Arte mérite qu’on y consacre quatre jeudis soir d’octobre

Voir en ligne : http://cathoreve.over-blog.com/