Pâques 2015


Pâques 2015

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Toute l’annonce de la Bonne Nouvelle culmine et se résume en cet énoncé : il est vivant celui qui a cru même en ceux qui, ne croyant pas en lui, l’ont mis à mort. Ainsi le chemin de la vie a-t-il été rouvert ! Les premiers penseurs chrétiens se sont souvent émerveillés devant le parallélisme entre les deux scènes du jardin d’Éden et du Calvaire. Dans chacune des deux, tout se passe au pied d’un arbre, arbre du savoir et arbre de la croix. Au fruit de l’arbre du savoir cueilli par la femme s’oppose le fruit de l’arbre de la croix qu’une femme a porté. Au fruit qui fait mourir l’homme qui n’a pas cru s’oppose le fruit qui donne la vie à tout homme qui croit.
Car ce fruit qui donne la vie a mûri sur l’arbre de la croix au soleil intérieur d’un croire-en-l’autre que rien, pas même une volonté de mort, n’a pu décourager. « Élevé : de terre, j’attirerai tout à moi », avait dit Jésus quelques jours auparavant. Il croyait assez en ses adversaires pour penser que s’ils n’arrivaient pas à croire en lui par l’écoute de sa parole, ils y arriveraient en accueillant au profond d’eux-mêmes la parole dite par ses lèvres closes sur le gibet de sa croix.
L’évangéliste Jean, dans sa présentation du mystère du Christ, laisse entendre que sur les lèvres de Jésus, les mots « élevé de terre » signifiaient indifféremment sa mise en croix et sa montée au ciel. Cette lecture de l’expérience vécue par Jésus identifie en fait la démarche où il s’est livré librement et l’événement de sa glorification. Se livrer et accéder à la plénitude de soi-même ne font qu’un. Dans la mesure même où, croyant en l’autre, cet autre fût-il son bourreau, un homme se livre jusqu’à la mort, cet homme redevient l’« être vivant » qu’il était avant la débâcle du jardin d’Éden. Telle est, en définitive, la foi chrétienne. C’est la foi dont le Christ a cru ! Vécue pour la première fois en sa personne, cette mise en œuvre du croire-en-l’autre a été attestée comme vrai chemin de vie par la victoire sur la mort.
L’individu qui, aujourd’hui, se dit chrétien, appartient donc à un groupe dont les membres, dès les débuts de son existence comme groupe, ont reconnu que, pour entrer dans la vie, il leur fallait croire de la foi dont leur maître avait cru. Ils se sont voulus croyants en participation à la démarche vécue par un être humain qui avait cru en tous les autres humains sans aucune distinction. Animés par cette conviction, tous, selon une formule que devait inventer quelques années plus tard l’auteur inconnu de la lettre aux Hébreux, ont reconnu en Jésus-Christ le « chef de file » (« premier de cordée » !) de leur foi. Comme y insiste ce même auteur, Jésus était pour eux celui qui a porté à sa perfection la démarche dans laquelle l’homme croit.

Marie-Abdon Santaner, Le ver était dans le fruit, Cerf, Paris, 2008.