Entretien avec Jacques Dalarun - Le saint François retrouvé


Une vie de saint François, écrite par Thomas de Celano, retrouvée

source : L’Osservatore Romano, 26 janvier 2015, entretien avec Jacques Dalarun

De nouveaux aspects de la vie de saint François ressurgissent du passé ; non seulement des fragments, cette fois-ici, ou des citations indirectes tirées d’œuvres contemporaines, mais la deuxième plus ancienne Vie du saint d’Assise, inconnue jusqu’à présent, contenue dans un manuscrit apparemment insignifiant et absent des catalogues des bibliothèques car faisant partie d’une collection privée.

Un petit codex (au format de douze centimètres sur huit) au centre d’une question historiographique très vaste et complexe, s’étant poursuivie, de façon discontinue, de la troisième décennie du XIIIe siècle à nos jours, croix et délice de générations de médiévistes : la recherche de témoignages biographiques du Poverello d’Assise ne coïncidant pas avec sa vie officielle, La Légende de Bonaventure, approuvée en 1263.

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Jacques Dalarun

Un livre qui est passé inobservé pendant très longtemps et qui est resté intact jusqu’à nous, peut-être précisément en raison de sa pauvreté : il s’agit d’un petit codex « franciscain au sens littéral, humble et pauvre, sans décoration ou enluminures » nous explique de Paris l’auteur de la découverte, le médiéviste Jacques Dalarun, à qui nous avons demandé de nous raconter les détails d’une recherche passionnante et pleine de surprises comme un roman policier paléographique. C’est un résumé, écrit sur une période de temps qui va de 1232 à 1239, de la première version de la Légende, considérée trop longue par ses contemporains, mais pas seulement : de nouveaux éléments sont ajoutés et, en lisant avec attention, il apparaît de manière évidente que la réflexion de l’auteur également s’est considérablement approfondie dans le temps, en particulier sur les thèmes de la pauvreté et de l’amour pour les créatures. Tommaso de Celano était un homme très profond et il n’a jamais cessé de réfléchir sur l’enseignement de François. Dans un certain sens, on pourrait dire que le biographe, au fil des années, comprend... qu’il n’a pas véritablement compris le message de François.

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le manuscrit, 120mmx82mm, de cette vie de saint François écrite par Thomas de Celano, entre la vita prima (1229) et la vita secunda (1246) (photo : BNF)

De l’avoir raconté mais pas réellement compris. Et il s’agit d’un ample texte : l’édition latine est composée d’environ soixante feuillets. De nombreux commentaires contenus dans la première version ont été éliminés, et l’on trouve certains nouveaux points. L’on souligne beaucoup plus l’aspect concret de l’expérience de la pauvreté, de l’experiri paupertatem non pas dans le sens symbolique, allégorique ou seulement spirituel, mais réel : cela signifie revêtir les mêmes vêtements et manger la même nourriture que les pauvres. Et l’on approfondit le thème de la fraternité avec toute la création. « Il est intéressant de noter – poursuit Dalarun – aussi le moment historique dans lequel affleure à nouveau du passé ce témoignage, dans une fin de siècle qui a tant de points communs avec la grande expansion économique et les grandes poches de pauvreté du treizième siècle. C’est un beau parrainage de la part du premier François pour le Pape actuel, qui précisément en ce moment est en train de préparer une encyclique sur l’amour de la création ».

Les Éditions Franciscaines ont publié, fin février 2015, la traduction française de la "Vie retrouvée de François d’Assise" par Thomas de Celano.