Frère Michel Gall


Dans la nuit du 14 janvier 2014, le Seigneur est venu visiter le frère Michel GALL
à l’hôpital Charles Foix d’Ivry-sur-Seine, âgé de 85 ans. Ses obsèques ont été célébrées le jeudi 16 janvier 2014, à 14h30, en l’église Notre-Dame des Champs à Paris

JPEG - 599 ko

Né le 14 juin 1928 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), Jean-Marie, René Gall, après des études à Saint-Sigisbert de Nancy, entre au Mans, au noviciat des Frères Capucins de la Province de Paris le 1 septembre 1946 sous le nom de frère Michel et y prononce ses premiers vœux le 08.09.1947. Sa formation se poursuit à Tours (philosophie) ainsi qu’à Tours et Nantes (théologie), avant d’être ordonné prêtre à la cathédrale de Tours le 29 juin 1953.
C’est à Reims qu’il commence son ministère en 1954 comme prédicateur C.P.M.I., puis comme aumônier de lycée et en 1966 comme gardien de la fraternité. En 1969, il sera élu au conseil provincial et nommé gardien de la fraternité de Paris-Molitor en même temps qu’économe provincial. Il retournera à Reims en 1972 comme économe provincial et en 1975 comme vicaire provincial. En 1981, il est élu ministre provincial et en 1984 pour un second mandat avec résidence à Versailles. De 1987 à 1996, il sera de service à Notre-Dame de la Trinité à Blois dont 6 ans comme gardien. Puis ce sera un long temps à la fraternité de Versailles dont il sera le gardien de 2001 jusqu’à 2003, au moment de la fondation de la Province de France. En 2006, il est envoyé à Angers en « préparation au dernier voyage ». Mais en 2011, il revient à Paris Boissonade où il aide aux archives provinciales et est nommé référent pour les frères étudiants étrangers sur Paris. Fin septembre 2013, il est blessé à la colonne vertébrale ; ce qui s’avèrera comme un cancer de la moelle osseuse. Hospitalisé et soigné en urgence à Cochin, il est finalement dirigé vers l’hôpital Charles Foix d’Ivry-sur-Seine où il diminue et s’éteint rapidement pour entrer « dans le camp du repos et de la joie, où le Seigneur a dressé sa tente et la nôtre pour l’éternité ».

Nous nous connaissions depuis plus de 60 ans, ayant été condisciples à l’étude de philosophie de Tours en 1949. Cette année-­là avec quelques autres frères, nous eûmes le privilège de passer une semaine à Blois début juillet, à l’occasion de la Consécration de l’Église Notre­-Dame de la Trinité. Puis nous rejoignîmes les autres étudiants dans les bois de Sonzay pour quelques jours de vacances. L’ancien scout y retrouvait ses réflexes de campeur en construisant sa cabane sur la fourche d’un arbre.

Le petit Lorrain devenu capucin
En 1951, alors que je venais d’être ordonné prêtre par Mgr Chapoulie à la cathédrale d’Angers, il passa à Saint-­Fidèle, et, à sa demande, dans un petit oratoire discret, je célébrai l’une de mes premières messes en l’honneur de sa sainte de prédilection, Jeanne la lorraine.
C’est en effet à Nancy, que le frère est né en 1928. Il fit ses études au collège Saint­Sigisbert. Et c’est au cours d’une mission prêchée par les Capucins qu’il rencontra le jeune Père Germain. Ce qui déclencha sa voca-tion capucine. Il est novice au Mans en 1946, sous la maîtrise du P. Odon avec les frères Bello, Archange, Ber¬nard, Corentin et autres. Le 8 septembre 47, Jean Marie Gall devient le frère Michel de Nancy. Il est ordonné prêtre à Tours le 28 juin 1953.
Nommé au couvent de Reims, il participe aux missions du CPMI, en plein essor à l’époque. Puis comme il a le charisme de contact avec les jeunes, il devient aumônier de lycée. Parmi les élèves qui fréquentaient l’aumônerie, il rencontra le jeune Patrick Poivre d’Arvor. Provincial à Paris en 81, le journaliste l’invita à son émission. Durant son aumônerie, il écrivit pour les jeunes son livre : « Des Fils de saint François au 20e siècle : les Capucins". En 1966, alors que se termine le Concile, il est nommé gardien à Reims. C’est là qu’il vit les événements de 68.
En 69, le chapitre provincial le nomme définiteur, et il me remplace comme gardien de Paris-­Molitor. Avec le vicaire provincial Jean Pel­vet, il suit les grands travaux de Bois­sonade, la construction de la nouvelle chapelle. Puis le nouveau couvent dans le jardin de Tours. De retour à Reims en 1972 il succède au F. Emmanuel comme économe provincial. En septembre 73, il subit un grand choc : son ami, le fr. Archange, vicaire de Paris­-Boissonade est victime d’un accident de la route, causé par un chauffard près de Troyes, alors qu’il rentrait d’un baptême avec sa mère. On l’appelle pour qu’il vienne de Reims reconnaître les restes de son ami.

Au service de la Province de Paris
En 1975, il est élu vicaire provincial. Il poursuit sa tâche d’économe. Le F. Richard lui confie la responsabilité du « Liens Fraternels » qu’il assume avec l’aide des FF. David et Gwénolé. On y travaille bien avec F. Michel Bourgeois. Cela nous vaut aussi de bons moments de détente vers la chère Lorraine de Domrémy où sur le coteau de la rivière, Michel nous déclame Péguy et la « Meuse en-dormeuse » ; ou la colline inspirée de Sion ; et Breust-­Eysden aux ruines du couvent mythique, ce qui se traduira par le numéro spécial de L.F. sur Breust.
En 1981, fr. Michel est élu ministre provincial de la Province de Paris. Il me demande d’assurer à ses côtés le secrétariat provincial. Il prend aussitôt sa charge au sérieux. Volontariste, il poursuit le travail de Richard avec le souci de la relève. On se rappelle les noviciats (avec novices) de Guingamp, Reims, Génilac. Puis ce sont pour les jeunes profès les fraternités de la rue de Montreuil et de Chelles. Et les chapitres des nattes à Blois avec Marie­-Abdon Santaner, Jacques Bellan­ger, Hervé Chaigne. En 1982, le 8ème centenaire de la naissance de saint François provoque de nombreuses activités. Michel préside une messe télévisée. Les chapitres des nattes interprovinciaux de Dinard et Valpré rassemblent des frères très nombreux soucieux d’approfondir leur vie capucine. Ils seront suivis de plusieurs autres à Francheville, jalonnant ainsi la marche vers la fusion des Provinces.
Attentif à nos frères missionnaires, fr. Michel se rend à plusieurs reprises en Éthiopie, à Istanbul, à Djibouti. A l’occasion de l’ordination du F. Pio à Izmir, il y aura même une réunion du définitoire en Asie Mineure.

Les débuts de la solidarité en personnel entre Provinces de l’Ordre
En prévision de l’avenir, fr. Michel porte le projet d’un jumelage avec les frères Capucins de Varsovie. Nous savons qu’un début de réalisation a eu lieu à Blois ; mais que le projet n’a pas abouti. Réussites, échecs ; satisfactions, déceptions : tout cela s’est déoulé sur fond accéléré de la société occidentale : phénomènes de sécularisation, mondialisation, médiatisation, hyperconsommation, communication... plus forts que tous nos efforts d’"aggiornamento".
J’ai sous les yeux le "schematismus" de 1982, sous la couverture orange illustrée par Didier Ribot. Nous l’avions fait ensemble peu de temps après le début du triennat. On était encore 200 frères répartis en 17 Fraternités. (Angers, Blois, Chelles, Dinard, Guingamp, La Cassine, Le Mans, Lorient, Montreuil, Nanterre, Nantes, Paris­Boissonade, Paris-­Mo­litor, Reims, Tours, Versailles). 30 ans après seules survivent Angers, Blois et Paris Boissonade. Quelle chute ! P. Michel a dû lui­-même opérer plusieurs fermetures et pas des moindres. Paris-Molitor, Nantes... pour finir, Versailles.
Mais l’espérance n’est pas morte. Il faut élargir l’horizon. L’Ordre a encore des ressources. Et provinces en expansion comme provinces plus exsangues vont répondre à l’appel de fr. Mauro, notre ministre général :"Dans ce tourment où nous sommes dans l’histoire de notre Ordre, il faut prier, réfléchir, chercher de nouveaux sentiers et faire des choix novateurs". A cette condition nous vivrons.
En 1987, au terme de son 2e trien­nat, le fr. Michel rejoint la Fraternité de Blois. Il va y demeurer 9 ans dont 6 comme gardien. Il y a laissé bien des traces de son passage. Une belle salle de projection à la crypte de la basilique. Des salles de réunion et un oratoire en sous­-sol au foyer. La rénovation électronique du carillon. Il a su y intéresser le maire de Blois, à l’époque Mr Jack Lang, lorrain comme lui. Pour la prise en charge du foyer l’appui de son ami Mgr Cumi­nal, évêque de Blois, avait favorisé la venue des Sœurs Bénédictines de Montmartre. Malheureusement après quelques mois de présence au Foyer et dans la vie liturgique leurs supérieures les ont rappelées à Paris pour un autre service.
Souvenir lumineux du gardiennat du fr. Michel à Blois : l’ordination épiscopale en mars 1993 dans la basilique de notre frère Georges Perron, nommé par Jean Paul II évêque de Djibouti. Ce fut, grâce au frère Michel une fête mémorable inscrite dans le livre d’or des grandes heures de la Basilique.

Le souci missionnaire
En 1996, fr. Michel est de retour à Versailles­-Glatigny. En 1984 à la fermeture de Paris-­Molitor, renonçant à Paris dont la vie trépidante et peu oxygénée lui inspirait toujours un refus allergique, il avait choisi le repli à Versailles, malgré les inconvénients de sa situation peu centrale. En 96 il y retrouve le frère Pio, gardien. Depuis plusieurs années, grâce au travail pastoral des FF. Alexandre et Cyril, bien des activités ont été lancées et il y existe bien une communauté de quartier autour de la fraternité. fr. Michel s’y insère. Il trouve sa place dans la célébration quotidienne et dominicale de la liturgie, et dans le service de miséricorde de la réconciliation. Il est partie prenante dans l’équipe culture et ­foi qui organise des conférences générant en temps de vacances des voyages­-pèlerinages en Terre Sainte et au Moyen-­Orient. Surtout, chaque an¬née au printemps se déroulent d’importantes journées missionnaires, prises en charge par des laïcs et qui permettent de garder vivant l’esprit missionnaire de la communauté et de venir en aide efficacement aux régions évangélisées par les Capucins, spécialement en Éthiopie. P. Michel y est très attaché.
Devenu gardien de la fraternité en 2001, il trouve encore assez d’énergie pour doter la grande chapelle d’un éclairage "newlook". Cela n’empêche pas la fermeture inéluctable de la Fraternité en 2006. Des négociations bien menées ont permis le passage de la propriété au diocèse de Versailles, la chapelle étant prise en charge par la paroisse Sainte­-Jeanne d’Arc (bravo !) et la maison devenant lieu de formation spirituelle pour les futurs séminaristes. Sept ans ont passé et chaque année les journées missionnaires se poursuivent, maintenant l’esprit capucin dans le quartier. fr. Michel s’y rendait régulièrement, y retrouvant de nombreux amis, et réactivant les liens avec l’Éthiopie grâce aux relations avec le F. Daniel Assefa qui durant 4 ans participa à la vie de la Fraternité en préparant sa thèse sur le Livre d’Hénoch dont il est désormais un spécialiste universellement reconnu. Nous gardons un souvenir lumineux de la soutenance de sa thèse à l’Institut Catholique de Paris où il obtint brillamment son doctorat et de la soirée passée à la communauté avec tout le jury.

Serviteur jusqu’au bout
En 2003 un chapitre "historique" des Capucins a célébré la fondation de la Province de France, réunissant Paris, Lyon, Toulouse, Savoie et Strasbourg. A la vérité, leF. Michel n’en fut pas un ardent artisan. Il souffrait de la disparition de la chère Province de Paris. En 2006, il a rejoint la Fraternité d’Angers. Encore actif, il a promu un nouvel éclairage du chœur où quotidiennement se vit la liturgie de l’office et de l’eucharistie et l’oraison de la Fraternité. Il a aussi procédé à la rénovation de la petite chapelle Notre-Dame de Miséricorde au bas de la nef. Puis se sentant encore apte à un service actif, en 2011, il a accepté de rejoindre Paris-­Boisso­nade pour aider aux archives et accompagner les jeunes Capucins étrangers venant poursuivre des études dans la capitale.
Au lendemain de la Saint Michel se sont "brutalement manifestés les symptômes de l’implacable maladie, qui durant 3 mois, à Cochin puis à Ivry-sur-Seine, l’a immobilisé en traitements douloureux. Ses frères de Boissonade lui ont régulièrement apporté le soutien de leurs visites.
Il est décédé le 14 janvier 2014, âgé de 85 ans et demi. Ses obsèques à Notre­-Dame des Champs ont rassemblé autour des membres de sa famille et de ses frères capucins plusieurs centaines de fidèles et d’amis, dont beaucoup avaient bénéficié de son ministère. Ses restes reposent au cimetière de Montparnasse dans le caveau des frères Capucins.

frère Gwénolé