Jésus vendu par trahison


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A celui qui veut,
avec piété, considérer la Passion du Christ
se présente en premier la perfidie du traitre ;
qui fut
rempli du venin d’une telle fourberie
qu’il a trahi le Maitre et Seigneur ;
embrasé par la flamme d’une telle cupidité
qu’il a vendu le Dieu très bon pour de l’argent
et échangé le sang très précieux du Christ
contre le prix d’une vile récompense ;
et enfin d’une telle ingratitude
qu’il poursuivit à mort
celui qui lui avait tout confié
et qui l’avait promu au sommet de l’honneur apostolique ;
d’une telle dureté que
ni la familiarité du repas,
ni l’humilité de la serviabilité,
ni la suavité de l’entretien
n’ont pu le détourner de la malice qu’il avait conçue.
O bénignité étonnante
du Maître envers le disciple endurci,
du Seigneur plein d’affection envers le serviteur très mauvais !
Oui, « il vaudrait mieux pour cet homme
qu’il ne fut jamais né »
.

En vérité,
bien qu’inexplicable l’impiété du traite
fut cependant dépassée à l’infini
par la très douce mansuétude de l’agneau de Dieu,
donnée en exemple aux mortels,
afin que l’infirmité humaine exaspérée par un ami ne dise jamais :
« si c’eût été mon ennemi qui m’eût maudit, je l’aurais supporté certainement. »
car voici qu’un « homme vivant avec moi qui passait pour un guide et un familier »
qui « mangeait les pains » du Christ
et qui en ce repas sacré « prenait avec lui de doux aliments »,
« a fait éclater sur moi sa trahison ! »
Et pourtant cet agneau très doux ne refusa pas,
à l’instant même de la trahison,
d’appliquer, en un doux baiser,
la bouche « en laquelle il n’a pas été trouvé de tromperie »
à la bouche qui a débordé de malice ;
afin de lui offrir tout ce qui aurait pu
amollir l’entêtement d’un cœur dépravé.

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