Jeudi saint


Jeudi saint

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La Cène, Le Tintoret, 1578-1581

L’exode par lequel Jésus-Christ a fait retour à son Père a pris dans l’histoire visage d’exclusion. Quand il endure sa passion et sa mort, Jésus n’est pas seulement le Verbe de Vie achevant sa sortie de ce monde. Il est aussi le Fils de l’homme que d’autres hommes excluent de la terre. Mais cette exclusion qui le met dehors ne doit pas faire oublier la totale liberté avec laquelle il sort. Cette liberté s’atteste surtout dans le fait qu’il n’a posé aucun acte par lequel il aurait pu s’épargner à lui-même l’exclusion. Ses adversaires se seraient volontiers accommodés de le voir partir se chercher ailleurs des adeptes parmi les nations. Mais de la part de Jésus c’eût été rompre avec le terreau juif où plongeaient ses racines. S’il était sorti du milieu des siens au lieu de les aimer jusqu’au bout comme ses frères, il n’y aurait plus eu d’annonce évangélique. Lui-même n’aurait été qu’un philosophe de plus. En rompant avec les siens, il n’aurait pas obéi au vouloir-vivre de l’Esprit qui le pressait de retourner à son Père ; il aurait seulement obéi à un instinct de conservation le pressant de se tirer d’affaire.
Quand François d’Assise parle à ses frères de suivre l’humilité de Jésus-Christ, il sait de quoi il parle. Il ne s’agit pas de s’écraser devant les puissants ni de faire le dos rond sous l’orage de leurs exigences... Suivre Jésus-Christ dans son humilité, c’est aller vers l’éternel sans déserter le temps. L’accès au Père source de toute vie ne récompense pas l’émigration vers un univers d’idées ; il consacre un vouloir-vivre qui n’a rien renié des conditionnements terreux de son jaillissement premier.
François, comme Jésus-Christ, reste de cette terre où il est né. Il ne renie rien des conditionnements du temps. Il vit donc sa démarche d’exode sans répudier aucun des traits d’exclusion que cet exode y prend.

Marie-Abdon Santaner, François d’Assise et de Jésus, Desclée, Paris, 1984.