L’Ordre des Capucins a commencé sa réflexion sur le travail


Rencontre internationale sur le travail

Fr. PascalFrère Pascal Aude est au Conseil Plénier de l’Ordre (qui a un blog) qui permet d’écouter un certain nombre d’interventions, qui réunit des frères délégués des différentes parties du monde, qui réfléchissent sur le travail. Le thème de cette assemblée est "La grâce de travailler". Cela tombe à un moment, où, dans la société française, on constate un "mouvement ascendant de redécouverte du travail comme agent de construction de la personne et donc comme valeur" (cf. Jacques Le Goff, Le retour en grâce du travail, éditions Lessius-Ceras, 2015). Mais pour les capucins, il s’agit d’abord de s’interroger sur les moyens qu’ils se donnent pour vivre : quelles activités ? Comment travailler ?

Frère Pascal nous livre ses premières impressions du CPO :

Après deux jours de Conseil, voici quelques nouvelles. La première journée a été consacrée aux présentations mutuelles des 69 participants permanents.
Les premières prises de parole ont donné un ton plutôt solennel en confiant à ce Conseil Plénier de l’Ordre (CPO) la responsabilité de proposer à l’Ordre des pistes nouvelles face aux changements de notre monde : « Que ferons-nous pour vivre à l’avenir ? Quel sera notre travail ? Nous devons éviter les stériles dérives spiritualistes et être très concrets, combinant la question du travail avec les différents aspects de notre vie. »

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M. Mauro Magatti

La journée d’aujourd’hui a commencé avec Mauro Magatti, un sociologue-économiste qui était déjà intervenu à Fatima. Il a cité Marx d’entrée et basé toute son analyse socio-politique du travail sur la grille d’Hannah Arendt Travail-Oeuvre-Action (cf. La condition de l’Homme moderne). Achevée par une lecture de Laudato si’ centrée sur le thème tout en le replaçant dans un cadre plus large, cette première intervention thématique a posé, me semble-t-il, des bases solides.
L’après-midi était consacrée à l’écoute de l’extraordinaire récit de Pedro Opeka sur la naissance de son œuvre en faveur des habitants de la décharge de Tananarive. Un exemple de réalisation humanitaire réussie grâce à la foi très vive de ce lazariste argentin d’origine slovaque, à sa façon de mobiliser les énergies sur la base de trois piliers : le travail, l’école et la discipline (vingt règles morales énoncées par les personnes elles-mêmes pour réguler leur vivre-ensemble). Il est fils de maçon...
A bientôt !

Et deux jours plus tard :

Bonjour mes frères,
L’écoute préliminaire à nos débats et préconisations continue. Hier, nous avons bénéficié d’un remarquable exposé de Mary Hess, une enseignante-chercheur américaine sur « le monde digital », cette nouvelle culture qu’il nous faut bien prendre en compte pour déceler les signes des temps. Puis Mgr Fisichella a évoqué, de façon plutôt classique, la nouvelle évangélisation comme lieu de conversion du
travail pastoral.
Ce matin, fr. Luis Susin, un enseignant-chercheur capucin brésilien (du Rio Grande do Sul) suivait le fil rouge du travail dans le magistère de l’Église, jusqu’aux éléments adressés spécifiquement à la vie religieuse. Un régal pour nous porter au seuil de ce qui nous est demandé d’imaginer aujourd’hui, dans les circonstances présentes. J’ai eu l’occasion de dire aux frères combien la formation que j’ai reçue et le parcours que m’ont autorisé à faire mes frères de la province de France, m’avaient permis d’être en phase avec les évolutions du monde du travail et la réalité douloureuse du chômage, de la précarisation des conditions de son exercice en même temps que des lieux de résistance et d’espérance, alternatives à la domination du capital sur le travail. Tout en me permettant de vivre dignement, en participant selon à la vie économique de ma fraternité. Ce frère me confiait que d’après lui, nous, en France, avions des
solutions pour l’avenir en Europe grâce aux réajustements courageusement réalisés et à la tradition des prêtres ouvriers.
Justement cette veine était à l’honneur avec le témoignage, remarquable de sagesse et de simplicité, de notre frère Dominique Pacreau. Un frère américain (USA) est venu dire à Dominique combien il avait apprécié sa parole et combien il se sentait fier d’être capucin. Avec lui, la présentation par le frère Christophorus du projet porté par le couvent de Francfort et le témoignage de Carmine, jeune (36 ans) frère sicilien aumônier de prison à Palerme, ont fait de cet après-midi d’aujourd’hui un moment d’intense émotion. C’était aussi une belle illustration de la pluriformité de l’ordre et de la richesse du charisme franciscain-capucin.
Je m’en vais ce week-end donner un coup de main à Mario, un frère de la province du Lazio, qui a quelques brassées de vendanges pressées et fermentées à distiller. Cela peut toujours servir...