L’entrée au Noviciat

Laurent nous raconte les premières semaines du noviciat
jeudi 30 décembre 2010

« Bienvenue à Strasbourg, willkommen in Strassburg ». Dès l’entrée en gare, le 15 septembre dernier, quelque chose nous dit que l’Alsace, ce n’est plus tout à fait la France. Les Alsaciens ont d’ailleurs cette belle expression de « la France de l’intérieur » qui confirme bien que nous sommes au-delà d’une frontière géographique. Nous avons effectivement traversé la ligne bleue de ce massif des Vosges, ainsi nommée pour la couleur qu’elle prend au soleil couchant. En arrivant en Alsace nous sommes donc tournés vers l’Orient, et si nous entrons les premiers dans la nuit, nous sommes aussi les premiers à accueillir l’aurore, comme des veilleurs de ce beau pays de France.

Frère Joseph, en bon maître des novices et compagnon privilégié de ce temps de noviciat nous attend pour la visite du couvent de Koenigshoffen. Il a été fondé par les capucins allemands en 1870 alors que l’Alsace devient allemande. Il se trouve en fait sur les ruines d’un monastère de Chartreux chassés en 1591 lors de la réforme. Les capucins français en héritent en 1918 lorsque les frontières françaises retrouvent leurs limites précédentes. Les frères les plus âgés, et en particulier notre gardien, frère Daniel, se souviennent parfaitement du temps où le couvent abritait plus de 70 frères et où l’école des missions débordait d’animation avec ses cent trente cinq élèves. Aujourd’hui la communauté comprend 18 frères, dont les trois novices, l’espace ne manque donc pas. Un parc entoure le couvent, et malgré les cessions opérées avec le temps, il comprend encore un petit bois dont la limite coïncide avec les vieux murs d’enceinte de l’époque des Chartreux, un verger avec de nombreux pommiers, un petit potager, une prairie avec un champ clos avec cinq moutons qui en assurent la tonte.

Le Noviciat ou « Saint des saints » ainsi que l’appelle le frère André Gabel, a été installé dans l’aile ouest du couvent. C’est un lieu propice à la retraite qui a été aménagé ici l’année dernière puisque c’est la première fois que le couvent de Strasbourg accueille le noviciat. Au deuxième étage se trouvent nos cellules, desquelles nous pouvons apercevoir le bout de la flèche de la magnifique cathédrale de Strasbourg ; le bien nommé oratoire Saint François, béni en présence de toute la communauté le samedi 9 octobre et dont une magnifique statue en bois de notre père séraphique, rescapée de la guerre, indique l’entrée ; le réfectoire et la salle de séjour qui communiquent avec une grande cuisine. La décoration du réfectoire ayant été laissée à nos bons soins, nous y avons installé une grande statue de Saint Joseph, gardien des vocations, et trois bas-reliefs en bois probablement sculptés par un frère et représentant trois mystères de la Vierge. Enfin, à l’étage du dessous, au premier, se trouve notre salle de cours avec une petite bibliothèque d’usuels qui est notre lieu habituel de réunion ou d’enseignement.

Après cette visite, deux jours de récollection donnés par le frère Jean-Pierre nous ont préparés à l’entrée officielle au Noviciat. Arrivés pour Notre Dame des douleurs le 15, nous commençons avec les Stigmates de Saint François le 17 ! Voilà avec ces deux fêtes de rentrée annoncé sans ambiguïtés le programme d’une année d’expérience capucine !… Lors de la messe du 17 septembre, nous cessons donc officiellement d’être postulants pour devenir novices. « L’amour de Dieu nous pousse à venir dans cette fraternité pour faire l’essai de votre genre de vie. » Le rituel est un dialogue entre les postulants et le maître des novices. Fr. Joseph nous répond : « … exauce les prières de François, Julien et Laurent qui désirent faire partie de notre famille capucine… ». Puis il donne à chacun un exemplaire des Constitutions, nous offre une terre cuite du Christ enseignant et nous remet à chacun un tau franciscain. Nous sommes ensuite invités chacun à notre tour à lire un passage des constitutions : « …en toutes circonstances que l’Évangile reste notre loi suprême… en vrais disciples du Christ portons les fardeaux et les faiblesses les uns des autres… souvenons-nous des paroles de François : Nous avons promis de grandes choses à Dieu, Dieu nous en a promis de bien plus grandes encore. ». Après un Ubi Caritas chanté en action de grâces et non sans une certaine émotion, nous venons à l’autel signer le procès verbal d’entrée au noviciat, et nous recevons de notre maitre des novices la bénédiction de saint François.

La deuxième grande célébration de ce début d’année a été la Saint François, anticipée le Dimanche 3 octobre, présidée par un évêque spiritain, Mgr Fischer. L’assemblée est nombreuse, une jeune chorale anime les chants et nous comptons la présence d’un groupe d’anciens de l’école des missions venus de toute l’Est de la France y compris la Savoie. Une occasion pour nous de revivre au travers de leurs souvenirs la vie dans la communauté de la génération précédente.

Quelques semaines se sont écoulées, nous avons maintenant pris le rythme. Nos journées se déroulent dans la clôture du Noviciat, puis à 18 heures nous descendons rejoindre la communauté pour la célébration eucharistique, les Vêpres, le dîner et les Complies. Le matin, après un temps d’oraison nourri par la lecture de l’Évangile du jour, nous disons les Laudes, puis nous avons un petit-déjeuner en commun. Suivent l’heure de lectio divina et deux heures de services communautaires. Nous alternons entre nous trois, chaque semaine, la cuisine, le ménage et la liturgie. Parfois nous sommes appelés à aider la communauté en allant ramasser des pommes ou tondre le gazon. Après le déjeuner que nous partageons avec fr. Joseph et fr. Arulraj, nous avons un temps personnel jusqu’à 15 heures. Nous nous retrouvons alors en salle de réunion pour une intervention de Joseph, ou d’un autre frère ou d’un intervenant extérieur. Le mardi nous descendons un peu plus tôt pour participer à l’adoration communautaire, tandis que le jeudi nous avons l’adoration à l’oratoire du noviciat. Enfin, le week-end, nous partageons tous nos repas avec la communauté. Le samedi matin est consacré au sport : c’est le plus souvent sur les berges du canal de la Bruche qui coule à quelques mètres du couvent que nous allons courir.

En ce mois d’octobre, l’air encore doux de septembre a laissé place aux prémices des rigueurs du climat continental. Les vignes qui s’étendent sur cette terre fertile de la plaine d’Alsace commencent à roussir. L’automne est avancé et prépare la nature pour la prochaine moisson. Quant à nous, transplantés de Clermont-Ferrand dans cette bonne terre alsacienne, sarments greffés à la vigne du Christ, nul doute que nous donnerons de bons fruits.

LB, novice