La vie consacrée


Notre identité d’homme va de naissance en naissance, de commencement en commencement.

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Religieux et religieuses apostoliques, moines et moniales, laïcs et vierges consacrés… le pays de la « vie consacrée » est vaste.
Le point commun est une vie engagée pour Dieu, dans le célibat et une consécration, publique ou privée. On a parlé de « vie plus parfaite » ? Ce n’est pas faux à condition de ne pas oublier de dire que tout baptisé, laïc, prêtre ou religieux, doit aspirer à une « vie plus parfaite », au sens d’une vie sainte, animée par l’Esprit Saint.

Le consacré, un révélateur

Avec raison, le concile Vatican II a parlé des religieux et religieuses, non pas du côté de la structure hiérarchique de l’Église (prêtres et laïcs), mais du côté de l’appel de tous à la sainteté. Ici, la vie consacrée se présente comme un révélateur de ce que la vie de Dieu communiquée à la nature humaine veut transformer et transfigurer.

Pourquoi le consacré est-il un révélateur ? Le père Danielou s.j. écrivait « il y a des âmes que la grâce de Dieu touche d’une manière particulière, en sorte qu’elles soient saisies d’admiration à l’égard des merveilles que Dieu veut accomplir dans l’âme des hommes et que, saisies d’admiration, elles soient attirées à se consacrer à la réalisation des desseins de l’amour, c’est-à-dire à la réalisation de la vie de l’Esprit, en elles-mêmes d’abord, et dans les autres ensuite. Il n’y a pas d’autre question que celle-là ; la vie religieuse est ce don total au service du dessein de Dieu, en sorte qu’elle appelle une consécration totale. » Témoins des « merveilles » que Dieu veut opérer, certains donnent leur vie jusqu’au bout pour révéler ce « désir de Dieu » dans la vie de chacun.
Un consacré, c’est un homme, une femme, habité(e) par Dieu et qui témoigne surtout de ce dont Dieu est capable. En effet, le propre de la sainteté, le propre de la vie spirituelle authentique, c’est qu’elle n’est pas l’œuvre des hommes : elle est l’œuvre de l’Esprit. C’est d’ailleurs très encourageant, parce que cela veut dire que la sainteté n’est conditionnée par rien d’autre que la foi, et c’est pourquoi elle est possible à tous. Il n’est pas nécessaire d’avoir des aptitudes humaines particulières, il suffit d’avoir une foi totale et de se livrer au Saint-Esprit. Et cela nous concerne tous, vous qui lisez cet article que vous soyez célibataires ou mariés, prêtres ou consacrés…

Les trois vœux évangéliques

Pour structurer l’engagement et le don de sa vie, le consacré prononce trois vœux ou « conseils évangéliques » pour s’identifier à Jésus pauvre, chaste et obéissant.
Concrètement, la pauvreté est la recherche amoureuse d’une vie simple et ayant le souci de la mise en commun des biens.
La chasteté est pour le consacré le célibat par amour de Dieu, témoignant que Dieu vient accomplir avec joie une existence et favorisant une vraie disponibilité aux autres.
L’obéissance est la remise de soi entre les mains de Dieu, par les intermédiaires humains que sont un supérieur ou un évêque ; cette remise de soi n’est pas une mutilation, mais un lieu de discernement du bien à vivre, à l’opposé du caprice qui nous guette souvent.
Bien vécus, ces trois conseils évangéliques veulent servir une vie humaine authentique. Chaque baptisé devrait aspirer à être pauvre chaste et obéissant, selon des formes appropriées à l’état de vie, bien sûr. 

Concluons avec le frère Christian de Chergé, prieur de Tibhirine, par ces mots écrits peu avant sa mort : « Il s’agit bien pour le Fils de Dieu de prendre une humanité semblable à la nôtre et de la conduire à son terme qui est d’entrer dans la vie de Dieu. Il nous faut trouver dans le mystère de l’Incarnation nos vraies raisons de rester malgré les menaces et la tourmente. Noël, c’est l’Emmanuel, Dieu silencieusement présent, présence de l’amour même qui seul est révolutionnaire, qui seul transforme les cœurs des uns et des autres… Notre identité d’homme va de naissance en naissance, de commencement en commencement [...] En fait, si nous nous situons dans cette perspective, nous découvrons que ce à quoi Jésus nous invite, c’est à naître. Notre identité d’homme va de naissance en naissance. Et de naissance en naissance, nous arriverons bien, nous-mêmes, à mettre au monde l’enfant de Dieu que nous sommes ; car l’Incarnation, pour nous, c’est de laisser la réalité filiale de Jésus s’incarner dans notre humanité. » (L’Invincible espérance, Bayard, 1997)

Fr. Éric Bidot, capucin

Cet article est tiré de la revue Notre-Dame de la Trinité, octobre 2015