Madame Acarie (1566-1618) Mystique, politique et société au lendemain des guerres de Religion

« Un » colloque universitaire aura lieu les 12 et 13 avril 2018, à l’Institut catholique de Paris.
le tract, avec toutes les informations sur le colloque, peut être téléchargé ici.

M. Pierre Moracchini, qui fera une communication durant le colloque, a présenté dans la revue Études Franciscaines (n.S., 5, 2012, fasc. 2) "les réseaux franciscains de Mme Acarie", dans lesquels se retrouvent des membres de sa famille mais aussi des religieux et des moniales qu’elle a fréquentés avant son entrée au Carmel. De nombreux capucins ont fréquenté le l’hôtel Acarie [1]. Benoît de Canfield et Pacifique de Souzy ont exercé une influence déterminante sur elle. "Étonnante Bienheureuse, en qui se rencontrent, sans se mêler ni se confondre, deux séraphismes : celui de saint François et celui de sainte Thérèse" [2]

Barbe Acarie est une figure majeure du milieu dévot parisien au tournant des XVIe et XVIIe siècles.

Mariée à l’un des principaux acteurs de la Ligue, gratifiée d’extases mystiques, elle fait de son hôtel du Marais un foyer de la réforme catholique, où se côtoient hommes et femmes, laïcs, religieux et prêtres séculiers, désireux d’oeuvrer à un renouveau spirituel conquérant qu’ils jugent indispensable dans la France d’Henri IV.

Souvent citée pour son rôle fondateur dans l’implantation du carmel thérésien en France, madame Acarie a été peu étudiée pour elle-même. Le quatre centième anniversaire de sa mort, le 18 avril 1618 au carmel de Pontoise, après quatre ans de vie religieuse sous le nom de soeur Marie de l’Incarnation, est l’occasion de mettre en lumière cette femme d’influence, considérée comme une sainte dès son vivant et béatifiée en 1791.

En effet, s’il est une notion qui revient souvent lorsqu’il est question de madame Acarie dans l’histoire religieuse de Paris, c’est celle d’influence, que l’on peut compléter par celle de réseau. Profondément inscrite dans le milieu ligueur, madame Acarie noue des amitiés spirituelles par lesquelles elle reçoit des influences diversifiées. Elle synthétise à sa manière ces influences, conjuguées à ses lectures, pour exercer à son tour une influence considérable sur son cousin Pierre de Bérulle.

Ces notions d’influence et de réseau méritent d’être clarifiées. Cela revient à poser la question du milieu dans lequel se meut madame Acarie, de son charisme personnel, de ses relations avec les membres de sa famille, avec ses directeurs spirituels, avec les jeunes femmes qui attendent la fondation du carmel réformé en France, puis avec les nouvelles communautés carmélitaines, avant qu’elle n’entre elle-même dans la vie religieuse. Les biographies de madame Acarie ainsi que les documents du procès de béatification nécessitent une relecture critique. Les liens entre mystique et politique, entre mystique et mission, dans le cadre de la coexistence confessionnelle organisée par l’édit de Nantes, seront mis en relief. L’on pourra aussi poser la question de l’exercice d’un magistère féminin informel, de type charismatique. Les aptitudes de madame Acarie pour les affaires temporelles seront présentées, de manière à donner un aperçu aussi complet que possible du personnage, qui n’est pas seulement une extatique, mais aussi une gestionnaire.

Notes

[1voir Godefroy de Paris, "l’École Saint-Honoré", Cahiers de spiritualité capucine, 2, Paris, 1995, téléchargeable ici

[2Godefroy de Paris, cité par P. Moracchini, "Les réseaux franciscains de Mme Acarie", Études Franciscaines, n.s. 5, 2012, fasc.2, p. 283.