Pâques 2015 - 2


Pâques, le regard de l’évangéliste saint Jean

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Au regard de Jean, (…) la mort de Jésus en croix n’est pas simplement le don qu’un homme peut faire de sa vie humaine pour une juste et noble cause. Sa mort a une profondeur divine. Dieu lui-même est engagé dans cette mort. Jésus n’est pas seul. Quoi qu’il fasse, il le fait en communion étroite avec son Père. Il ne fait rien qu’il ne voie faire au Père : « Ce que le Père fait, dit-il, le Fils le fait pareillement » (Jn 5,19). De sorte que « les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais c’est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres aeuvres » (Jn 14,10).

Si Jésus donne sa vie, c’est donc parce qu’il voit le Père lui-même la donner. Le don de Jésus révèle celui du Père. En Jésus, le Père se donne totalement. Et Jean peut écrire : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16). Dieu se donne sans réserve dans le don libre de son Fils. Il se donne avec lui, en lui : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jn 10,30) ; « Le Père est en moi et moi dans le Père » (Jn 10,38b). Jésus et le Père sont un dans le don. Et dans ce don resplendit la gloire de Dieu dans toute sa splendeur : la splendeur d’un amour qui se donne sans mesure. La gloire du Père est de donner la Vie, sa Vie divine, en son Fils.

On voit ici le contresens grossier que l’on commet en regardant la mort de Jésus en croix comme un châtiment infligé par le Père à son Fils pour laver dans le sang l’offense causée à la Majesté divine par le péché de l’homme. Disons-le franchement affirmer cela, c’est se tromper de religion. Jésus n’est pas la victime de son Père, d’un Père coléreux, rancunier, soucieux avant tout de son honneur. Jésus est seulement la victime des hommes, du péché des hommes, de leur refus de croire au don de Dieu.

Nous sommes bien sauvés par l’obéissance de Jésus à son Père. Mais cette obéissance est une communion dans l’amour. Jésus communie totalement au dessein de son Père, au don du Père : « Le Père m’aime parce que je donne ma vie » (Jn 10,17). En donnant sa vie, Jésus révèle au monde le don du Père lui-même. Et, par là, il manifeste la vraie gloire de Dieu qui est de se donner sans mesure.

Éloi Leclerc, Pâques en Galilée, ou la rencontre du Christ pascal, DDB, Paris, 2010