Perchée sur les hauteurs d’Éphèse, la Maison de la Vierge – Meryem Ana Evi – à proximité d’Éphèse, est le lieu présumé de son Assomption. Découvert à la fin du XIXe siècle, ce sanctuaire marial est aujourd’hui fréquenté chaque année près d’un million de personnes venues des États-Unis, de Pologne, d’Italie, d’Amérique latine, de Corée, et en grande majorité, de Turquie. Ce lieu est à la fois espace de pèlerinage chrétien, lieu de dévotion populaire musulmane et carrefour discret de dialogues spirituels.
Depuis 1965, les frères capucins y assurent une présence fraternelle et priante. À l’occasion des soixante ans de cette mission, Frère Pio Murat, partage ses souvenirs, les défis rencontrés et l’espérance qui continue d’habiter cette petite fraternité internationale au service de la Maison de Marie.
Souvenirs, défis et espérance

« De 1965 à 2000, ce sont les frères de la Province de Paris qui ont assuré l’animation spirituelle du sanctuaire. Je me souviens que certaines périodes furent marquées par de grandes tensions et difficultés.»
« Aujourd’hui, nous sommes trois frères à Meryem Ana : un Polonais, un Pakistanais et moi-même. Nous partageons la mission avec une communauté de femmes consacrées présentes sur le site.»
Un lieu de passage, de prière et de rencontres
« En 2025 nous avons accueilli plus de 750 groupes de pèlerins, tous ne viennent pas en pèlerins, mais les groupes chrétiens sont nombreux. Leur présence demande de notre part beaucoup de disponibilité. Frères et sœurs assurons, à tour de rôle, les permanences nécessaires à ce ministère d’hospitalité.
À partir de novembre, la fréquentation diminue et notre vie prend une vraie tonalité érémitique. Le calme retrouvé nous permet de nous consacrer à des travaux manuels, à l’entretien du sanctuaire, à la lecture, à l’écriture, ainsi qu’à des services pastoraux auprès du diocèse de Smyrne. Pour ma part, je m’attache à mettre par écrit l’histoire de Meryem Ana, à assurer des cours de catéchèse pour les nombreux catéchumènes et à réaliser diverses traductions liturgiques.
Une mission humble dans un contexte exigeant

Si notre quotidien est simple, le contexte dans lequel nous vivons demeure complexe : relations avec l’Association de la Maison de Marie, aujourd’hui parfois réservée à l’égard de notre présence ; dialogue constant avec les autorités civiles et militaires ; surveillance quotidienne assurée par les gendarmes pour notre « sécurité ». Vivre à Meryem Ana exige patience, souplesse et esprit de minorité.
Ce lieu est aussi un espace où se croisent cultures, religions et quêtes spirituelles. Nous rencontrons toutes sortes de « pèlerins » : adeptes du New Age cherchant une énergie dans les arbres et les pierres, bouddhistes assis en méditation autour de la Maison de Marie, Amérindiens nous invitant à danser près du sanctuaire…
Mais parmi ces rencontres, le dialogue avec nos frères musulmans demeure l’un des aspects les plus précieux. Certains s’approchent avec un esprit de paix, désireux de connaître notre foi ; d’autres avec un désir de dialogue, d’autres encore viennent avec un esprit de défi, cherchant à nous mettre en difficulté. Dans toutes ces situations, il nous faut rester ouverts, ramener chacun à un échange simple et fraternel. Plus que les débats théoriques, c’est le dialogue de confiance et d’amitié qui porte du fruit. Il fait écho au conseil donné par saint François dans la Première Règle : aller vers l’autre « humblement et pacifiquement».
La foi simple et profonde des pèlerins

Je suis souvent touché par les expressions de foi qui se manifestent dans la Maison de la Vierge. Les pèlerins qui vivent avec une foi intense les célébrations et font résonner des chants magnifiques ; des orthodoxes qui font des métanies sans nombre et se prosternent devant l’icône de Marie. Des femmes musulmanes expliquant à leurs enfants que ce lieu est saint, que la Mère d’‘Isa est la mère de tous. Je revois encore cette paysanne âgée, appuyée sur sa canne, demeurant longtemps debout – les mains ouvertes – en prière devant la statue de Meryem Ana.
Ces gestes modestes révèlent la foi simple de personnes qui espèrent et croient. Nous ne saurons jamais ce qui se passe dans le secret de leur cœur ni quelles grâces Marie leur accorde dans ces instants.»
Une présence fragile, un signe d’espérance
« Chaque jour, nous faisons l’expérience de la fragilité de notre présence. Mais en relisant l’histoire de Meryem Ana, je constate que cette fragilité est inscrite depuis le début dans la mission des frères en ce lieu béni. Je confie à votre prière notre petite fraternité et vous invite, si le cœur vous en dit, à venir partager quelques jours avec nous auprès de la Maison de la Théotocos.»
Frère Pio Murat

