Vocation : homélie du Fr. Hubert Le Bouquain
Isaïe 6, 1-8, 1Co 15, 1-11, Lc 5, 1-11. « Désormais ce sont des hommes que tu prendras » : c’est une drôle de manière de parler ! La mission […]

Isaïe 6, 1-8, 1Co 15, 1-11, Lc 5, 1-11.

« Désormais ce sont des hommes que tu prendras » : c’est une drôle de manière de parler ! La mission de Pierre et des apôtres serait-elle une partie de pêche pour prendre le plus de gens possible dans les filets de l’Evangile et les ramener dans la barque de l’Église ?
A moins qu’il ne faille entendre cette expression comme ceci : ils seront pris par la Parole de Dieu que tu leur diras, comme on dit « ça vous prend aux tripes », comme on est emporté par une émotion, par une passion, par un amour, comme on est épris, comme dans un rapt…
Justement Pierre et ses compagnons, comme le prophète Isaïe, ont été pris par le Seigneur. Leur vie désormais va être, prise, embarquée dans une aventure qui les mènera au-delà de ce qu’ils avaient pu imaginer.
Ils sont pris sans qu’ils semblent pouvoir résister. Pierre laisse ses filets et se met à suivre Jésus avec ses compagnons. Ils sont pris alors qu’ils ont une vie, une occupation professionnelle qui les accaparent, alors qu’ils sont établis dans la vie, qu’ils ne demandent rien d’autres que de continuer ce qu’ils font. Ils ne sont pas en train de faire une retraite de discernement pour savoir ce qu’ils doivent faire de leur existence. La liberté souveraine de Dieu les prend là où ils sont, qui ne leur pose pas de questions sur leur disponibilité.
Et d’ailleurs Pierre, au départ, ne semble pas particulièrement s’intéresser à Jésus et à ce qu’il raconte à côté de lui, ni à la foule qui se presse autour de Jésus pour l’écouter. Il a autre chose à faire. S’il est pris, c’est par son travail : laver ses filets de pêche. C’est Jésus qui vient à lui et commence par lui demander un petit service : utiliser sa barque pour être plus à l’aise et pouvoir parler à la foule assemblée au bord du lac, alors que lui est assis dans la barque à quelques mètres. On sait bien que l’eau porte la voix. Et Pierre commence par accepter ce petit service, et cela va l’entraîner de fil en aiguille à changer complètement l’orientation de sa vie.
On ne commence pas par prendre de grandes décisions, mais par répondre à de toutes petites sollicitations qui provoquent de tous petits déplacements et qui ensuite peuvent en entraîner d’autres et vous emmener de plus en plus loin dans l’aventure de la vie et de la vocation.
Car ce récit comme celui d’Isaïe est un récit dit « de vocation » : Dieu appelle des hommes au service de sa Parole et du bien de l’humanité. Les deux vont ensemble, car ce qui prend Dieu aux tripes, si on peut dire (aux entrailles) c’est de sauver l’humanité de sa propre perte. C’est une passion et un amour qui l’habite et qu’il communique à ceux qu’il appelle.
Toute vocation est une passion, une passion pour l’humanité et une passion pour Dieu. On peut se demander : qu’est-ce qui nous passionne dans la vie ? Qu’est-ce qui nous prendrait et nous emporterait jusqu’à aller au bout du monde et de nous-mêmes ?
Isaïe, Pierre et ses compagnons sont pris. Mais ils ne sont pas pour autant des pantins dans les mains de Dieu. Ils ne subissent pas une manipulation mentale. Pris, ils le sont mais le mouvement qui les emporte ne fera que décupler leur vitalité, grandir leur liberté, libérer leur personnalité, épanouir leur intelligence. L’aventure dans laquelle ils vont s’embarquer va développer toute leur capacité professionnelle. Le Seigneur va leur donner une dimension humaine à la mesure de sa dimension divine. Le Christ ne vient pas pour enlever quelque chose à celui qu’il appelle. Au contraire il vient nous faire accéder à la plénitude de notre humanité. Il nous fait aller bien au-delà de ce que nous pensions être capables de faire par nous-mêmes. La vocation va toujours dans le sens de la vie et de l’épanouissement humain.
Que voulons-nous faire de notre vie ? Quel est notre désir le plus profond ? Notre vocation s’accomplit lorsque notre désir rencontre le désir de Dieu qui est de vouloir notre bonheur.

F. Hubert Le Bouquin, Tiaret