Rencontre internationale des frères laïcs capucins
Après presque 30 ans, des frères laïques capucins du monde entier se sont réunis à Rome, du 4 au 9 novembre, pour échanger leurs expériences respectives et pour apprendre comment incarner authentiquement leur charisme dans le monde. Frère Pascal Aude, de Tiaret, et frère Yves Ligneau, d’Angers, ont fait partie du voyage. Cette rencontre fait suite à une édition similaire qui avait eu lieu en 1996, dont le thème était : « La vocation capucine dans ses expressions laïques ». Après être arrivés au Collegio San Lorenzo da Brindisi, les frères ont approfondi ce thème de la vocation sous plusieurs angles. Puis ils sont partis en pèlerinage sur les lieux qui font partie du charisme de l’Ordre : le tombeau de saint Pierre, Assise, la Portioncule et enfin le couvent de Renacavata (Camerino), berceau du charisme capucin.
La deuxième rencontre des frères laïcs de l’Ordre avait pour objectif de contribuer à raviver la flamme du charisme capucin. Il n’a échappé à personne que la vitalité capucine dans le monde s’est trouvé confrontée à des situations mortifères : cléricalisme, embourgeoisement, délaissement de la prière communautaire et de l’oraison, perte du désir de sainteté qui animait les premiers frères, individualisme, éloignement du peuple, etc. […] La rencontre des frères laïcs de l’Ordre était censée faire face à un de ces problèmes que rencontre notre charisme : la cléricalisation, c’est-à-dire, en première analyse, la difficulté à garder un nombre de frères laïcs significatif dans l’Ordre. – Frère Pascal Aude
Frère John Corriveau, le Ministre général écrivait en 1995 : « Les frères sont égaux, mais ils ne sont pas identiques ! Les frères clercs et les frères laïcs ont la même vocation, mais leurs différentes manières d’être dans l’église et dans la société font qu’ils ont aussi des expériences différentes dans la vie de la même vocation. Chaque expérience apporte sa propre richesse à notre vocation commune. » (Lettre circulaire, 13 octobre 1995)


J1 : La vocation du frère laïc dans l’histoire
Après la liturgie présidée par le Ministre général, les frères ont pu écouter quatre exposés qui avaient pour objet : la vocation du frère laïc dans les documents de l’Église ; la vocation du frère laïc dans les documents de l’Ordre ; la sainteté capucine telle qu’exprimée par les frères laïcs ; la vocation du frère laïc dans le passé récent jusqu’à aujourd’hui.
[Trois interventions ont] convergé vers le fait que, depuis longtemps […], la conscience des autorités de l’Ordre est vive : il n’y a qu’une vocation capucine, qui revêt deux dimensions : la dimension laïcale et la dimension presbytérale. […] La majorité de nos saints et, a fortiori, nos saintes […], relève d’une dimension laïcale de notre vie. Ils ont exercé un contact simple avec la population et ont mérité aux membres de l’Ordre l’appellation de « frères du peuple ». Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? – Frère Pascal Aude
J2 : La vocation du frère laïc aujourd’hui
Le deuxième jour s’est démarqué par les témoignages des frères laïcs avec des présentations de leur vie et de leur ministère, et par la présentation des synthèses des enquêtes menées au sujet de la vocation laïque capucine.
J3 : La vocation du frère laïc dans le futur
Le troisième jour, la réflexion portait sur « la vocation du frère laïc dans le futur : réflexions sur la promotion de la vocation du frère laïc, sur sa formation, sur son intégration dans la vie de l’Ordre et sur l’éducation de l’Église à la vocation laïque ».


J4 : Pèlerinage à la tombe de Saint Pierre de Rome
En cette Année Sainte de la Rédemption, les frères ont fait un pèlerinage au Tombeau de Saint Pierre et ont franchi ensemble la Porte Sainte de la Basilique vaticane. D’ailleurs, lors du jubilé de 1525, frère Matthieu de Bascio, « un frère mineur observant, avec un petit habit simple et une capuche pointue, pieds nus, une croix à la main », obtint du pape Clément VII une approbation orale bienveillante de sa forma vitae de prédicateur itinérant. Ainsi, à 500 ans du début de la réforme capucine, les frères ont fait ce pèlerinage, en louant le Seigneur pour les nombreux fruits de sainteté, en demandant pardon pour ce qu’ils ont manqué, et en suppliant la bénédiction de Dieu et de l’Église pour continuer à être fidèles à leur vocation de réformer toujours la vie franciscaine. Ensuite, les frères ont rejoint la Curie générale pour un buffet avec la fraternité de la Curie puis se sont rendus au couvent voisin de Via Vittorio Veneto, ils ont visité le musée et la crypte des Capucins. Enfin, ils se sont arrêtés dans l’église dédiée à l’Immaculée Conception où ils ont célébré les vêpres et l’Eucharistie.


J5 : Pèlerinage à Assise
Les frères ont pu visiter les deux basiliques d’Assise, Sainte Marie des Anges, la Portioncule puis Saint-François d’Assise où le vicaire général a présidé l’Eucharistie. Les frères ont pu prier les Vêpres avec les clarisses italiennes à la basilique Sainte Claire.
Lors de ce pèlerinage commencé à la Portioncule, il m’est apparu encore plus clairement que le berceau du charisme franciscain se trouve en dehors de la ville. C’est bien en sortant de la cité que François a trouvé sa vocation, en sortant de son milieu, en quittant son confort de fils de bourgeois qu’il a rejoint aussi des frères (les lépreux de Rivo-Torto, les brigands de la forêt, les animaux et autres êtres vivants), que des frères lui ont été donnés pour fonder un nouveau mouvement pour l’Église. Ce n’est pas une vision romantique, mais une interprétation de faits historiques dans le cadre de cette région de la péninsule italienne du Moyen-Age. – Frère Pascal Aude




J6 : Pèlerinage à Camerino
La visite du couvent de Camerino, berceau de l’Ordre, a précédé la riche présentation des origines de la Réforme capucine. Après l’Eucharistie, les frères ont repris la route pour Rome.
Je retiens de ce passage et de la visite offerte par le provincial des Marches, le frère Sergio, ce que je n’avais jamais entendu jusqu’à présent : le charisme capucin fait partie de la volonté manifestée dès les commencements de l’Ordre de se rénover, de garder la présence au gens simples, la prédication populaire et pacifiante, la prière mystique qui cherche l’union à Dieu. […] – Frère Pascal Aude


Cette rencontre des frères laïcs a mis en évidence, s’il le fallait, l’importance de la formation initiale. […] Notre charisme reste fragile face à la force de l’expansion numérique et internationale. […] Etre fier du charisme capucin, se réjouir de son agrandissement dans le monde, ne dispensent pas de se poser la question de sa pénétration dans toutes les cultures, et donc en chacun de nous, pénétration toujours crucifiante, et donc douloureuse. Le respect des cultures demande un véritable discernement du Christ déjà présent dans le monde, déjà actif dans le cœur des gens. Il n’attend pas des missionnaires qui effacent ou négligent les singularités et le génie de chaque groupe humain, de chaque personne, mais des témoins de l’universel désir que la Source a mis dans sa création. – Frère Pascal Aude

