Invités en Savoie dès 1574 par Catherine de Médicis et le cardinal de Lorraine, les frères capucins s’installent à Chambéry en 1575, où leur histoire s’est écrite à travers plusieurs couvents : d’abord à Cognin jusqu’en 1793, aux Annonciades en 1818 (actuel collège Jules Ferry), puis provisoirement dans deux maisons du faubourg Montmélian en 1903 avant de construire le couvent actuel, inauguré en 1934. La chapelle devient paroisse en 1953, puis une grande église, dédiée au Sacré-Cœur, est édifiée dans les années 1960 pour accueillir jusqu’à 800 fidèles.
Malgré les épreuves de la Révolution et des suppressions religieuses, la communauté a toujours su renaître grâce à la foi, à la persévérance des frères et au soutien des bienfaiteurs. Leur église du Sacré-Cœur, bâtie dans les années 1960, a marqué la vie paroissiale de la ville. Aujourd’hui, leur couvent du Faubourg Montmélian est le dernier encore habité en Savoie : témoin d’une présence fraternelle et spirituelle depuis 450 ans.
Découvrez l’article rédigé par frère Hilario Frighetto pour en apprendre davantage !


Tout de suite à la permission de quitter l’Italie, en 1574, les Capucins, sous l’invitation de Catherine de Médicis et le Cardinal de Lorraine, lequel les avait beaucoup appréciés au Concile de Trente, ont fait un petit séjour en Maurienne, Savoie, et sont passés à Chambéry en direction de Paris. À Chambéry ils se sont installés successivement en trois lieux :
Chambéry-Cognin (de 1575 à 1793). Ce double nom facilite la localisation. Ici, les capucins ont pris la succession des frères Conventuels, au bâtiment encore existant, accroché au pont sur le courant de l’Hyères, connu comme Vieux Pont, ou Pont des Capucins à la rue des Vieux Capucins (pour dire, les capucins avant la Revolution Française).
Charles Borromée a conseillé le Père Mathias de Salo, Commissaire Général, de demander au Duc Emmanuel Philibert, la permission d’installer les capucins en Savoie. Par la brève du 12.09.1575, le Pape Grégoire XIII a chargé l’évêque de Grenoble, François de Fléard, pour procéder à l’installation canonique des nouveaux religieux, ce qui est avenu en 1576.
En 1575, le Duc Emmanuel Philibert, avec l’accord des Conventuels, a remis aux capucins la propriété qu’Anne de Chypre avait confié aux frères Mineurs Conventuels le 14 août 1450 par ces mots : « Nous transférons à l’Ordre des Capucins le Sanctuaire et les édifices avec le jardin et le verger traversé par le canal des Moulins de la Reveriaz ». Sur la mappe Sarde de 1728, (première mappe géographique de la Savoie) le couvent occupe le lotissements n° 283 et le terrain, les n° 280, 282, 284, 285, 286 et 287. Le 30 mai 1793 l’enclos, le jardin et partie du couvent, pris par la Révolution, ont été loués et les meubles vendus aux enchères. Le 15 juillet de la même année le tout a été vendu.
A 200 m du couvent, à la rive gauche du Hyères, se trouve la Mairie et l’église de de Cognin, la Ville de Chambéry est à 2,5 km. Pour indiquer la localisation, le couvent a porté le double nom : Chambéry, le territoire ou il fut battu, et Cognin, pour sa proximité géographique.
Du grand couvent, en forme de U, dont la partie centrale touchait la rivière, fut maintenue l’allée frontale qui donne sur la rue des Vieux Capucins mais les fondations de toutes structures sont bien visibles encore aujourd’hui. Du complexe, le Musée d’Arts maintient une peinture de 1904. Après la Revolution Française de 1792 en Savoie, des photos du Couvent rappellent les inscriptions entre les fenêtres de deux étages : Vieux Capucins – Restaurant Armand (qui comprenait aussi le fameux Café Couz).
Chambéry Annonciades (de 1818 à 1903), aujourd’hui Collège Jules Ferry, à 50 mètres de l’actuel couvent battu entre 1932 et 1934, au 344 Faubourg Montmélian. Ce couvent les Annonciades qui y avaient habité de 1650 à 1792, sans la chapelle. Désappropriées, comme toutes les congrégations religieuses par la Revolution Française, elles n’avaient plus le pouvoir pour l’acheter.
Rappelons que, officiellement, les capucins, comme les autres ordres religieux, n’ont pas eu existence juridique, en Savoie, entre 1792 et 1818. Les capucins dispersés depuis 1792, particulièrement les formateurs et les étudiants, ont trouvé refuge dans la Vallée d’Aoste, particulièrement au couvent de Chatillon (noviciat) et, après, aux couvents de Chivasso et Ivrea, mis à disposition par la province du Piémont, pour les études supérieures.
Frère Eugene de Rumilly qui, plus tard fut Conseilleur Général des capucins, décédé à Rome, entre le premier et deuxième mandat comme Ministre Général, a fini ses études aux couvents empruntés par la province du Piémont. Comme il ne pouvait pas entrer en France, il a exercé le ministère sacerdotal en Suisse et après, comme curé, à Lyon. En 1817 il a écrit au Ministre Général en disant qu’il connaissait une dizaine de prêtres capucins qui auraient eu envie de retourner à l’Ordre. Le Ministre Général l’a nommé Commissaire Général avec la charge de rassembler ces capucins. Le 15 septembre 1817, à Chatillon, le Père Eugène de Rumilly et le Père Zosime ont renouvelé leurs vœux, 4 laïcs ont pris l’habit capucin et trois novices ont commencé leur formation.
Frère Eugene avait cherché d’acquérir en sa ville de Rumilly, soit le couvent des Bernardines, soit cellui des Visitandines, soit l’ancien couvent des capucins mais il a trouvé l’opposition de la mairie.
À Chambéry frère Eugène a cherché d’acquérir soit le couvent des visitandines, à Lémenc, soit le couvent des augustins, « Saint Benoit ». Pour ce dernier il a trouvé la concurrence du riche Ernest de Boigne, grand bienfaiteur de la Ville, qui l’acheta à grand prix pour accueillir des personnes en difficulté et en grand âge. Le fait de ne pas pouvoir acheter ce couvent Saint Benoit fut moins regretté à cause de la bonne finalité.
L‘évêque et le clergé de Chambéry, en début 1818, ont suggéré l’acquisition du couvent des Annonciades qui avait été cédé au Duc de Savoie pour y faire un « Dépôt de Mendicité ». En effet à la place d’augmenter l’abri pour les pauvres, le 31 mai 1818, le « Dépôt de Mendicité », à côté des Annonciades, fut officiellement fermé. Le bâtiment a été vendu et transformé en résidences encore aujourd’hui. Avec la somme recueillie les mendiants ont été répartis en différents hôpitaux.
Le couvent des Annonciades a été acheté pour 40 mille francs mais la valeur réelle était estimée entre 80 et 100 mille francs. Le Duc a dit : « Nous sommes convaincus que l’établissement peut être de la plus grande utilité aux Pères, une fois que la désastreuse politique a réduit le clergé séculier à un nombre très inférieur aux besoins du saint ministère ». Ce couvent a été acheté par les capucins le 1er octobre 1818 avec l’approbation de Victor Emmanuel 1er. Le 4 octobre 1818, 12 capucins s’installèrent au couvent des Annonciades : 6 prêtres et 6 frères laïcs. Le 4.8.1821 six novices de Chatillon se sont mis en marche, à pied, et sont arrivés à Chambéry le 15 août. A cette date la maison de Chambéry comptait 30 profès. Au bâtiment existant fut ajouté la chapelle et le cœur achevés en 1823 grâce au don de 30.000 francs da part du grand bienfaiteur de Chambéry, Ernest de Boigne. Plusieurs autres frères voulaient reprendre la vie capucine mais à cause des épidémies, difficilement les évêques donnaient la permission de quitter les paroisses, aux frères engagés durant les suppressions.
Comme toutes les institutions religieuses, le couvent des Annonciades a été victime des suppressions de 1850, 1855, 1880 et 1903. À l’ordre de dispersion du 7 avril 1903 les capucins ont résisté jusqu’ au décret explicite de dispersion du 03.06.1903. Après 1903 le bâtiment est devenu manufacture et école des filles ; en 1914 hôpital de guerre et depuis 1919, lycée Jules Ferry, aujourd’hui avec 600 élèves.
Maisons de Chambéry au 80, Faubourg Montmélian. Après l’expulsion aux Annonciades, en 1903, les capucins ont occupé deux vieilles maisons de l’autre côté de la rue où se situe l’actuel couvent conclu en 1934. En 1910 le Père Felix, a administré le sacrement des malades au Père Camille Costa de Beauregard, fondateur du Bocage, à côté, pour accueillir des orphelins. Il sera béatifié le 17 mai 2025. Autre document atteste que les capucins y vivaient en 1914.
Le 26 juillet 1918, les capucins achètent des bâtiments et du terrain au n° 80 du Faubourg Montmélian par l’intermédiaire de Mgr Adrien Ernest Marie Costa de Beauregard. Ces immeubles au plan cadastral n° 2574 et 2575 section E pour une contenance de 76 ares, 36 centiares au prix de 65.000 francs et autre d’une contenance d’un are et cinq centiares pour 15.000 francs. Frère Jean de Cognin a payé 80.000 francs. Les maisons ont été réaménagées. En 1962 ces deux maisons ont été démolies pour construire l’immeuble n° 326, en face, et l’église du Sacré-Cœur, les deux au long du Faubourg Montmélian.
Couvent de Chambéry au 344 Faubourg Montmélian inauguré en 1934.
Le couvent a deux étages a été bâti en 1932 et 1933. Le plan, en vue de la privacité, et selon la tradition capucine prévoyait des petites fenêtres côté jardin et un mur aveugle coté la rue ce que la mairie n’a pas approuvé. Alors le Ministre Général a permis la construction avec des fenêtres plus larges et de deux côtés. Ce couvent, planifié dès 1926, a été conclu en 1934.
La chapelle de 1932, de 250 places, devenue paroisse en 1953 ne suffisait plus pour accueillir les fidèles. De 1962 á 1964, frère Eugène (Morel Chevillet) 1911-1992, curé de la paroisse, a voulu et a dirigé la construction d’une grande église ovale, avec tribune, capable d’accueillir jusqu’à 800 personnes. En 1991 les capucins ont donné cette église du Sacré-Cœur au diocèse de Chambéry qui, à son tour, en 1910 l’a confiée à la communauté du Chemin Neuf.
Vente ou permute. La commission « Pauvreté Temporelle » réunie en chapitre le 20 nov 1969, propose la vente de 580 m2 à 250.000 francs ou en échange de deux salles pour la paroisse, double garage et un appartement dans l’immeuble de 7 étages au n°362, devant le couvent. La deuxième proposition a été acceptée.
Aujourd’hui, le couvent de Chambéry est le seul couvent habité des 21 couvents que la Savoie avait en 1860 mais plusieurs autres ont été mis aux normes et maintiennent leurs caractéristiques physiques originaires.
Frère Hilario Frighetto, janvier 2025

